28.05.2008

Préambule

Je tiens à remercier les plus de 2600 personnes qui ont consulté et qui consultent toujours ce blog (un peu intellectuel! il faut le dire. D'où leur mérite!) et tout particulièrement Monsieur Camille Busson, auteur de "Essai impertinent sur l'Histoire de la Bretagne Méridionale. Les hommes de Téviec dans l'ombre des phéniciens." Paris: L'Harmattan, 2005, qui vient de m'envoyer (22 mai 2008) le message suivant:

Je n'ai pas manqué de visiter votre blog consacré à la Presqu'île de Quiberon et j'ai été enthousiasmé par l'importance et la qualité du travail auquel vous vous êtes livrés. Comme vous me l'avez suggéré, je me suis permis de rédiger les premiéres observations et commentaires qui me sont venus sur le chapitre I . Je vous les transmets ci-aprés (les autres à suivre début Juin à mon retour du Canada) .

> **Le drapeau historique Breton :La "Kroaz Du" ( Croix Noire) n'était pas le drapeau historique de la Bretagne. On ignore si les Rois de Bretagne en avaient un et à quoi il pouvait ressembler. Le "Kroaz Du" aurait été accordé comme "signe de reconnaissance" en 1188 par le Pape aux Croisés Bretons, tout comme la Croix Rouge sur fond blanc pour les Croisés anglais, la Croix Blanche sur fond bleu pour les Croisés français, la Croix de Saint André blanche sur fond bleu pour les Croisés écossais (alliés des Français), la Croix de Saint André rouge sur fond blanc pour les Bourguignons, alliés des Anglais. Depuis le haut moyen-âge, les troupes bretonnes utilisent pour couleurs identitaires le "Noir et le Blanc". L'hermine heraldique (hermine plain) identifiant la Bretagne apparait en 1212 avec le prince Pierre de Dreux (imposé par le Roi de France Philippe Auguste). Tous ses successeurs retiendront cet hermine plain pour identifier la Bretagne et leurs prétentions à régner sur la Bretagne indépendamment du Roi de France.
Le "Gwen ha Du" actuel, date de 1923. Selon son créateur Morvan Marchal, ce drapeau se veut être un "emblème moderne de la Bretagne avec dans le coin à gauche un quartier innombrable d'hermines (associé à ) neuf bandes égales alternativement noires et blanches, couleurs traditionnelles, lesquelles représentent : les Blanches, les pays bretonnants : Léon, Trégor, Cornouailles, Vannetais ; les Noires les pays bretons gallos: Rennais, Nantais, Dolois, Malouins, Penthiévre.

24.03.2007

Chapître I (La Presqu'île de Quiberon)

Jean-Michel & Marcienne vous proposent de les accompagner dans un voyage culturel et touristique à travers la presqu'île de Quiberon en cinq étapes et/ou en cinq albums de photos.
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Chapître I (La presqu'île de Quiberon)
La formation géologique, le drapeau, la préHistoire, les Mégalithes, le camp Vénète

Le drapeau historique n'est pas celui, blanc et noir (GWENN HA DU) qui est communément connu, mais la croix noire sur fond blanc, lequel ressemblait trop à un drapeau allemand et a donc été remplacé après la première Guerre Mondiale. Il est composé de 9 bandes : 5 noires et 4 blanches, représentant les provinces traditionnelles de Bretagne de langue gallaise et de langue bretonne.
. Formation géologique de la presqu'île
La presqu'île de Quiberon constitue un microcosme bien délimité de 6 kms de long et 2km de large, deux communes : Quiberon (5200 h.) et Saint-Pierre Quiberon (2200 h.) appartenant à la partie sud de la chaîne hercynienne bretonne. Jusqu'au XVIeme siècle la presqu'île était en fait une île que les apports d'alluvions ont rattachée au continent par un isthme étroit, un cordon de sable et de galets, sorte de môle naturel servant de brise-lames à la Baie, une vaste baie qui a été souvent utilisée par les navires de guerre pour leurs manœuvres et leurs tirs; c'est aussi une rade vaste et sûre, qui offre partout un bon mouillage (Avis aux voileux)
A la pointe de l'isthme, là où la route nationale coupe la ligne de chemin de fer (Paris-Quiberon) le tombolo (début de formation d'un isthme, partie émergée de la chaîne sud) s'effrite encore, s'étrécit jusqu'à leur laisser tout juste passage entre les deux plans d'eau. Il arrive qu'une tempête d'hiver menace de rendre à Quiberon son insularité. A long terme, le réchauffement de la terre la menace aussi.
Sur l'impulsion du Ministère de la Marine en 1880, fut construite une ligne de chemin de fer, inaugurée en 1882, pour le transport des marins.
Les panneaux bilingues sont des signes extérieurs de la "bretonnitude" ! Kiberen = Quiberon = village sur le promontoire, ce qui correspond à la situation topographique de la ville.
Mégalithes: Menhirs, Cromlechs, Alignements, Dolmens, Tumulus
La presqu'île est habitée au moins depuis le mésolithique (10.000 B.C.), comme avéré par les nécropoles découvertes à Hoëdic et sur l'ilôt de Téviec. Le mésolithique de Téviec est la civilisation la plus ancienne connue dans le Morbihan. La découverte de 37 squelettes entre Téviec et Hoëdic, de ce qu'il est convenu d'appeler "L'homme de Téviec", est due à deux archéologues de Nancy (cf. Museum de Toulouse!). Le sable doit recouvrir d'autres vestiges de la même époque. Résumons: les Celtes sont parvenus dans la péninsule armoricaine vers l'an 700 B.C., imposant une langue unique, le celte, et une religion unique, le druidisme. A l'aube du 1er millénaire B.C. les Venètes, des navigateurs commerçants, s'installent en Bretagne sud aux côtés des colons phéniciens. Ils devront se soumettre aux Romains en 56 B.C. Immigration bretonne et christianisation de l'Armorique commencent au 5ème siècle de notre ère...
Toute la péninsule armoricaine est parsemée de mégalithes. Zacharie Le Rouzic en a fait l'inventaire dans les années 1900. Beaucoup de ceux-ci ont été démantelés, bouleversés, souvent totalement effacés depuis. Ils se réduisent parfois à quelques chicots émergeant parmi les ajoncs. Des Tumulus ont été rasés, au mépris de la protestation des Monuments historiques. D'autres ont été accaparés par les collectionneurs; en 30 ans beaucoup (30%) avaient disparu. En fait, quoique Carnac soit la capitale du monde mégalithique, ils ne sont pas caractéristiques de la péninsule armoricaine; on en trouve partout en Europe, Afrique, Corée. C'est l'Aveyron qui contient le plus de dolmens (!) mais c'est le Morbihan qui occupe la première place quant à ces monuments mégalithiques en général. Il n'existe pas de récits écrits sur les mégalithes, à la différence des Pyramides. Il faut se contenter de lire les messages inscrits dans les dispositions architectoniques de ces pierres, comme nous le verrons.
1) Menhir = pierre longue, dressée (debout). Deux noms bretons MEN et HIR
- Menhirs de Portivy, de Keridenvel, - Menhir couché à Quiberon, un lieu de méditation pour Anatole France, dit-on, accompagné de son égérie Madame de Caillavet. - Menhir de Manémeur - Faux menhir, fabriqué en 1930 devant la maison de vacances de la SNCF à Quiberon à partir d'une grosse pierre ramassée sur la plage en face; - Menhir en plein centre de Quiberon, transplanté de l'esplanade du Château Turpault pour servir de monument aux Morts
Magnifique menhir de Goulvars, caché dans les tuyas, granite de 4m de haut, probablement enlisé dans plus d'un mètre de sable dunaire récent.
"Jean " et "Jeanne" (ainsi surnommés, dit-on, pour rappeler les amours du sieur de Manemeur) - "Le bonnet d'évêque"
2) Cromlech associés aux alignements, des enceintes mégalithiques, menhirs disposés en cercles, en ovales ou en hémicycles. ils entouraient des tertres funéraires. Ils pourraient aussi délimiter la frontière entre le monde d'Ici-Bas et le monde de l'Au-delà, à l'intérieur desquels seuls les prêtres et les chamans pouvaient pénétrer. 2 photos du Cromlech de SPQ
3) Alignements : Rangées en files parallèles et généralement orientées du nord-ouest au sud-est, les plus grands blocs étant au nord-ouest. Ils ont une signification religieuse. Photos récentes (et en 1904 sur une carte postale !) des Alignements de Saint Pierre Quiberon
4) Dolmen = table de pierre, de lourdes dalles (pierre couchée)
Dolmen de Port Blanc à couloirs parallèles (travaux pour le préserver)
Dolmen à couloirs de Quiberon (déviation de la route)
Dolmen de Roch-en-Auch 4500 B.C. à galerie et encorbellement possède une chambre carrée exposée au sud-est. Selon la légende, Saint Roch passait près du dolmen à cheval, celui-ci glissa sur la pierre qui garda l'empreinte du fer. Depuis, pour obtenir des vents favorables on vient frapper dans les trous avec un marteau.
Sans aucun doute, des considérations astronomiques ont présidé à l'érection de ces monuments. Alignements et menhirs étaient disposés sur les lignes de force des courants telluriques. Ces champs de menhirs étaient vraisemblablement consacrés aux morts, les dolmens en particulier étaient des tombeaux réservés à des chefs. Les chercheurs de trésors ont fouillé ces tertres, comme auront été fouillés d'autres monuments célèbres...
5)Tumulus : Camp venète de Beg-en-Aud. Age du fer (800 B.C.). Tumulus de 50 mètres de long et 5 mètres de haut pourrait être une tombe scandinave et a servi de talus de défense aux habitants de la pointe.

23.03.2007

Chapître II (La Presqu'île de Quiberon)

Chapître II (La Presqu'île de Quiberon)
Son Histoire depuis le XVIIe siècle jusqu'à nos jours

Pendant plusieurs siècles Anglais, Espagnols, Hollandais, Allemands envahirent la presqu'île. En 1746 les Anglais, furieux de leur échec devant Lorient, débarquent dans la Baie et pillent le pays. Après ce ravage le duc de Penthièvre, gouverneur de Bretagne, grand amiral de Louis XV, fait construire le Fort de Penthièvre (en bois) à l'entrée de la presqu'île; il s'appellera "Fort sans culotte" pendant la Révolution. Reconstruit, à cause de sa valeur stratégique, au milieu du 19ème siècle sur les fondations de la redoute en bois. Le roi Louis-Philippe, petit-fils du duc de Penthièvre, achève le corps central en 1834, avec ses vastes chambres aux voûtes de granit, sa terrasse d'où l'on voit un magnifique horizon. La République terminera le fort, tantôt l'abandonnant, tantôt y remettant une garnison. On y logea des prisonniers allemands en 1914-18. Ce sont maintenant les Marsouins du 3ème RIMA (régiment d'infanterie de marine aéroportée) qui ont pris la place de la garnison allemande retranchée jusqu'au 10 mai 1945..
Fort Vauban du Rohu, construit sur l'emplacement d'une ancienne redoute. S'y installera l'école nationale de voile en 1970. En effet Eric Tabarly, jeune officier de marine qui vient de gagner la transat en solitaire, est nommé directeur de cette école qu'il doit créer de toutes pièces.
Fort Neuf (Vauban) 17-18ème à Port Haliguen. A Saint-Pierre Quiberon, le fortin carré de Beg-Quilvy, reconstruit vers 1860, cédé par les Domaines à un particulier, l'un des premiers à oser planter des arbres.
Ouverte sur l'extérieur, la presqu'île devait avoir une histoire haute en couleurs:
- En 1778 Les Américains viennent prendre livraison des navires de guerre offerts par la France dans la baie de Quiberon. (panneau peu lisible sur la photo) « A Port Haliguen le 14 février 1778, la France, représentée par l'Escadre de La Motte Picquet, fut la première Nation à rendre les honneurs au pavillon des U.S.A. » (et Tableau « First Recognition Stars & Stripes »)
- Puis c'est "l'affaire de Quiberon": En mai 1795 une armée d'émigrés débarque à Carnac et se replie sur Quiberon. A cause de sa situation stratégique dominant la presqu'île, le village de Sainte-Barbe joua un rôle important lors de cette expédition. En effet, le 6 juillet 1795, Cadoudal et ses trois mille Chouans protègent la retraite de l'armée royaliste et les habitants des campagnes qui l'avaient suivie. Dès la prise du Fort Penthièvre le 21 juillet au matin les émigrés, poursuivis par les troupes du Général Hoche, essaient vainement de se raccrocher à Port d'Orange après quelques escarmouches ils doivent battre en retraite sur Saint Julien où il se rendent finalement à Hoche (photos). Ils furent fusillés à Auray et ensevelis dans la Chartreuse d'Auray. Les rescapés furent transportés sur l'île d'Houat où ils moururent de faim. Reddition à Hoche (statue édifiée en 1902 pour honorer le "Républicain" en bas du "Varquez", marais asséché. Statue qui alimenta une violente polémique). La seconde statue en France du Général Hoche se trouve à Versailles.
- Port Haliguen (vieux port) : à son retour de l'île du Diable Dreyfus le 1er juillet 1899 a été débarqué à Port Haliguen et non à Lorient comme prévu, le gouvernement de l'époque voulant éviter les journalistes.
- Stèle aux Péris en mer. Le "Carl Bech" s'est perdu là avec tout son équipage le 21 décembre 1911
- Histoire récente (Poche de Lorient) : on découvre 8 jours après l'armistice du 8 mai 1945 dans les douves du Fort Penthièvre un charnier (59 jeunes résistants fusillés dont les cadavres furent emmurés dans un tunnel). Une messe est célébrée tous les ans le 13 juillet en mémoire des martyrs et en présence des autorités civile, militaire et religieuse de St Pierre Quiberon et Locminé! (13 juillet 2008, voir les photos autour de l'obélisque à la fin de l'album II)
Quelques photos des Restes du Mur de l'Atlantique sur la côte, Blockhaus et Tobrouks (tourelles de chars allemands de Rommel).
- Stèle élevée aux "Mères des soldats américains" de 1917-18 ; donne lieu à une cérémonie commémorative chaque année en août; dépôt d'une gerbe par la mairie, hymnes nationaux, drapeaux. (pour plus d'information sur ce Mémorial aller sur le lien http://bodoc.net/learn/rocardpages.htm et cliquer sur la ligne Franco American Memorial)
- Musée de Quiberon (canon de "l'Ardent", un vaisseau de 64 canons échoué en 1746, incendié par les Anglais); canon du bateau scandinave échoué le "Thracia".
(précisions données par le Conservateur du musée de Quiberon le 23 juillet 2007:
- "Thracia, construit en 1859 à Hiddlesbrough, appartenant à la Cunard Line, torpillé le 27 mars 1917 par le sous-marin allemand UC21 près des Birvideaux; 38 hommes d'équipage - 2 survivants - venait de Bilbao, allait vers Androssan (Ecosse) avec un chargement de minerai de fer... ")

Comme nous l'avons vu précédemment, notre presqu'île fut pendant des siècles ouverte à multiples invasions. Aussi recèle-t-elle, dit-on, des trésors laissés par certains envahisseurs. On a ainsi découvert (dans une maison amie en réfection) en 1975 un lot de 624 pièces de monnaie espagnoles datant du XVIè. Traces du passage, en Bretagne, des troupes espagnoles venues prêter main-forte au duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne et chef de la Ligue. Les soldats espagnols, ne pouvant tout emporter avec eux, enterrèrent leur butin... Au cours de notre promenade nous ne rencontrerons pas toutefois de chasseurs de trésors, munis de détecteurs de métaux (il y en a!).